Article publié dans Jazz Hot , n° 559, en avril 1999

Horace Tapscott, né à Houston, Texas, le 6 avril 1934, est mort le 27 février 1999 à Los Angeles. Il s’était donné la mission de faire comprendre à son peuple, les Noirs d’Amérique, que le jazz était sa musique, son plus bel héritage, sa revanche sur l’esclavage. Il menait ce travail de pédagogue surtout auprès des enfants. Joignant les actes à la parole, il s’était installé en 1965 dans Watts, le ghetto de Los Angeles, où il avait sauvé bien des choses par son courage devant la police lors des tristement célèbres émeutes. Là, il avait vu que la musique pouvait avoir en plus d’un pouvoir de distraction, le pouvoir de faire respecter la dignité humaine. En militant absolu, il avait fondé l’UGMAA (Union of God’s Musicians and Artists Ascension) et le Pan Afrikan Peoples Arkestra qui donnait des concerts gratuits pour la communauté noire, lui gagnant sa vie dans des gigs à 10 dollars. Pour les mêmes raisons il créera le label Nimbus (son interview dans Jazz Hot n°548 est révélatrice de son cheminement).
Il avait commencé sa carrière musicale par le trombone avec Eric Dolphy et Don Cherry puis Gerald Wilson et Lionel Hampton. Pour des raisons de santé, il s’était mis au piano où il se révéla être un grand créateur, jouant avec Roy Haynes, Arthur Blythe, Red Callender, Andrew Cyrille, Cecil McBee, Charles Mingus, etc.

Frère de Mingus, il avait, à Watts, trouvé des réponses différentes, sur place, aux mêmes interrogations, ce qui le priva de la reconnaissance internationale en dehors d’un cercle d’amateurs et de professionnels curieux (en France, Gérard Terronès et Alain Dupuy-Raufaste). Il est d’une génération de musiciens qui ne souciaient pas de leur carrière ; ils étaient libres et jouaient comme on prie, leur lyrisme venant du fond de l’âme pour étinceler dans le cœur humain.
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